Ce samedi 30 janvier les petits philosophes se sont retrouvés pour discuter d’une question philosophique pas habituelle mais essentielle : Faut-il toujours aider les autres ?

Pour s’attaquer à cette grande question, les P’tits Philosophes ont eu une mission : ils devaient commencer par en rechercher les présupposés. Lorsqu’on se demande « faut-il toujours aider les autres ? » qu’est-ce qu’on sous-entend ?

Les p’tits philosophes ont pu comprendre ce qu’était un présupposé au détour d’un petit exercice où ils ont été invités à repérer dans des questions comme « pourquoi les filles aiment le rose ? » ou « pourquoi la lune est en carton » ce qui était sous-entendu. La personne qui pose cette question pense que les filles aiment le rose, ou que la lune est en carton.

Tessa s’est alors lancée : Quand je pose la question « faut-il toujours aider les autres ? », je pense qu’il faut aider les autres.

Les P’tits philosophes ont alors été invité à ouvrir cette réflexion philosophique par une recherche d’exemples : ils devaient trouver des situations où ils avaient aidé quelqu’un d’autre ou des situations où ils avaient vu quelqu’un aider quelqu’un d’autre, et commencer à réfléchir à pourquoi. Ils avaient comme consigne de simplifier leur récit pour proposer un exemple précis en deux phrases. À l’issue de cette intéressante récolte d’exemples, les p’tits philosophes ont alors pu se demander : Pourquoi on aide ?

Tessa a proposé une première idée : On aide pour le plaisir. Mais en plus, ça a de bons effets : quand on aide, on nous aide en échange. Par exemple j’aide mon voisin à ranger ses courses, il m’aidera ensuite.

Colin a proposé une autre motivation : On aide pour le bien de l’autre. La contradiction ce serait quand on aide quelqu’un pour le mal.

Paula alors complexifié en faisant se rencontrer les deux idées : Quand on aide quelqu’un ça lui fait plaisir et nous, ça nous fait plaisir de voir qu’on lui fait plaisir.

Léonie a alors lu une petite histoire à partir de laquelle les enfants devaient trouver de nouvelles questions sur notre thème.

Un homme a trouvé un jour un cocon de chenille et a décidé de l’apporter chez lui. Quelques jours plus tard une petite ouverture est apparue. L’homme s’est assis et a observé pendant plusieurs heures le papillon se débattre de toutes ses forces afin de sortir du cocon. Au bout d’un certain temps, le papillon ne bougeait presque plus. Comme s’il avait donné son maximum et qu’il n’avait plus rien à faire. L’homme a décidé alors d’aider le papillon. Il a pris une paire de ciseaux et a coupé le reste du cocon. Le papillon est sorti alors facilement de son cocon. Le corps du papillon était enflé et petit et ses ailes était toutes ratatinées. L’homme continuait alors à observer le papillon et s’attendait à ce qu’il ouvre tout grand ses ailes et commence à voler. Mais rien de cela ne se passait. En fait, le papillon a passé le reste de sa vie à ramper avec son corps enflé et ses ailes déformées. Il n’a jamais été capable de voler. Ce que l’homme avec sa gentillesse et son empressement n’avait pas compris, c’est que la lutte que le papillon devait effectuer pour sortir de son cocon était essentielle à son développement. En luttant ainsi de toutes ses forces, les fluides de son corps se seraient répartis dans ses ailes et, compte tenu du temps qu’il lui fallait pour crever son cocon par lui-même et déployer ses ailes, le papillon aurait été alors en mesure de voler et de se libérer une fois pour toutes de son cocon.

Quelle question nous pose cette histoire ?

Colin a alors proposé une interprétation : Pour moi, il nous dit qu’avant d’aider il faut réfléchir aux conséquences, avant d’aider, il faut regarder et chercher pour voir si ça ne causera pas de problèmes.

Est-ce qu’aider quelqu’un ça peut causer des problèmes ?

Colin a partagé une première réponse : Quand on veut aider quelqu’un, il faut connaître son problème, sinon on ne pourra pas lui donner ce dont il a besoin.

Une autre question est alors apparue : Est-ce qu’aider quelqu’un c’est toujours bien ?

Yassine a proposé une idée : Aider quelqu’un pour faire une chose, par exemple un devoir, de temps en temps ça peut l’empêcher d’apprendre par lui-même et donc de savoir le faire. Il aura l’habitude de demander aux autres, sans chercher par lui-même. Par exemple, si tu aides quelqu’un à faire un exercice, il ne saura peut-être pas après trouver la solution par lui-même.

Quelles seraient alors les bonnes raisons de ne pas aider quelqu’un ?

Orphée a proposé une reformulation de l’idée de Yassine : Si on t’aide tout le temps à faire tes devoirs, tu ne peux pas vraiment apprendre parce que tu vas prendre l’habitude d’être aidé par les autres et quand tu seras grand tu ne pourras pas faire tout seul.

Paula a donné un exemple : Souvent les oiseaux, on leur donne à manger mais après, quand on n’est pas là, par exemple le jour où on déménage, les oiseaux vont se retrouver sans nourriture et ne sauront plus se nourrir par eux-mêmes.

Orphée a induit : Il y a des choses que les autres doivent faire tout seuls et qu’on ne doit pas faire leur place.

Colin a ajouté une autre considération : Une personne peut aussi mal prendre qu’on l’aide. Par exemple quelqu’un qui n’arrive pas à faire un casse-tête veut y arriver tout seul.

Solel a alors proposé un exemple pour illustrer l’idée de Colin : Les parents veulent parfois aider les enfants pour des choses qu’ils peuvent faire tout seul, et qu’ils préféreraient faire seul, comme traverser la route.

Les P’tits Philosophes en sont alors venus à se poser une nouvelle question : est-ce que l’on aide pour soi ou pour l’autre ?

Orphée a proposé en premier : On aide pour soi et pour l’autre en même temps. On aide pour soi parce qu’on a envie d’aider l’autre mais on aide aussi pour l’autre pour qu’il n’ait pas de mal.

Pourquoi peut-on avoir envie d’aider les autres ?

Tessa a affirmé : On peut avoir envie d’aider parce que ça nous aide en même temps nous, on apprend à aider les autres et on découvre que ça nous met de la paix entre nous. Quand on aide les autres, on apprend à vivre en paix avec les autres, en même temps on les aide et en même temps ils nous aideront.

Colin a alors problématisé : Si on aide en pensant à bien faire mais qu’on aide à faire le mal ça peut produire tout le contraire.

Paula a illustré l’idée de Colin en réutilisant l’histoire du papillon : Le monsieur pensait bien faire en aidant le Papillon, et en fait il a mal fait.

Comment savoir alors quand il faut aider les autres ?

Colin a affirmé : Il faudrait vérifier si c’est une bonne idée.

Paula a interrogé : C’est difficile parce qu’on ne pas toujours savoir.

Tessa a proposé : Pour savoir si on doit aider quelqu’un il faut se poser la question, à chaque fois que je vais aider quelqu’un je me demande « est-ce que c’est bien pour la personne ? ».

Les enfants ont alors tenté de faire une synthèse de toutes ces idées en se posant la question du jour : Faut-il toujours aider les autres ?

Colin s’est lancé en synthétisant : Il ne faut pas toujours aider les autres, parce qu’aider les autres peut créer des problèmes pour la personne qu’on veut aider.

Tessa a reformulé une autre idée : Il ne faut pas aider quand ça empêche d’apprendre. Tessa a alors donné l’exemple des animaux domestiques qu’on a tellement aidé à tout faire qu’ils ne pourraient plus vivre sans nous.

Les enfants ont fini l’atelier en s’imaginant les conséquences d’une situation où un être humain serait laissé sans aide. Si un petit enfant était laissé dans la nature sans aide, il pourrait se débrouiller mais il aurait besoin d’aide pour pouvoir se développer. Mais quand on imagine qu’un adulte de 40 ans serait laissé seul dans la forêt, il saura se débrouiller mais il aurait beaucoup plus de mal à s’adapter parce qu’il est habitué à la civilisation, à être aidé par les autres humains.

Un grand merci les P’tits philosophes de nous aider chaque samedi à penser toujours plus et toujours plus grand.