Le samedi 10 avril, les enfants ont réfléchi sur le sens du Chez-soi dans notre vie. C’est un thème qui n’est pas simple mais qui a été brillamment abordé par nos chers p’tits philosophes ! Voici le cheminement de leur discussion :

C’est où « chez soi » ? 1,2,3 pensez !

Judith : Chez soi c’est chez nous, c’est là où on est, c’est là où on vit, c’est là où on a grandi !

Solel : C’est un endroit où on peut faire des choses. Là où on est bien. Un endroit à nous ou à nos parents.

Colin : C’est un endroit où on aime vivre.

Yassine : C’est un endroit qui nous appartient.

Diane : C’est un endroit où on est chez soi, c’est notre maison. Personne n’a le droit de rentrer chez nous si on ne le veut pas. C’est un endroit où on habite, personne ne peut nous le prendre car c’est à nous, c’est chez nous et on n’a pas le droit de nous voler ça !

Paula : C’est un endroit où on se sent bien. Ce n’est pas forcément là où on habite car on peut se sentir chez soi plus chez nos grands-parents que chez nous. C’est un endroit où on est à l’aise. C’est un endroit qui nous appartient. C’est intime, c’est notre chez nous.

Solel : Je ne suis pas d’accord avec Diane car les voleurs peuvent rentrer chez nous, ils essaient de rentrer chez nous.

Deux chemins de réflexions semblent s’être distingués :

  1. Le chez soi, c’est ce qui nous appartient, c’est à nous : en quoi le chez soi est un endroit qui nous appartient, qu’on possède ?

Paula : On peut se sentir chez soi dans un endroit qui ne nous appartient pas. Si on habite à la campagne et qu’il y a un pré qui appartient à quelqu’un. On peut se sentir chez soi et ça ne nous appartient pas.

Judith : On peut louer un appartement, on peut prêter un appartement, on peut se sentir comme chez soi alors que ce n’est pas vraiment chez nous.

Yassine : Je suis d’accord avec Judith. Il y a une différence entre se sentir chez nous et être chez nous. Un endroit qui ne nous appartient pas, on peut au plus se sentir chez soi, être à l’aise. Mais le chez nous est l’endroit qui nous appartient.

2. Le chez-soi est un endroit où on aime vivre, où on se sent bien, à l’aise. On voit bien une différence entre « être » chez-soi et « se sentir » chez soi : laquelle ?

Quelle(s) différence(s) entre « être » chez soi et « se sentir » chez soi ?

Judith : « Être » chez soi c’est vraiment être chez soi, c’est avoir une maison à nous, quelque chose qui nous appartient. Alors que « se sentir » chez soi, c’est plutôt l’impression d’être chez soi mais ce n’est pas vraiment notre chez soi.

Colin : Je suis d’accord avec Judith, « être » chez soi c’est habiter dans une maison. « Se sentir » chez soi, c’est quelque part, c’est quand tu aimes cet endroit, tu te sens chez toi, tu es à l’aise.

Yassine : « Se sentir » chez soi, c’est être à l’aise dans un endroit.  « Etre » chez soi ce n’est pas forcément être à l’aise dans cet endroit mais être dans un endroit qui nous appartient.

Paula : Je suis d’accord avec Judith. Etre chez soi c’est être dans l’endroit qui nous appartient et se sentir chez soi. Par exemple on a une amie qui est très proche et on va souvent chez elle et donc on se sent chez soi quand on est chez elle.

On peut donc se sentir chez soi ailleurs que chez soi ? Vous avez des exemples ?

Clarisse : Quand on est chez des amis, et que c’est agréable d’être chez eux, c’est comme si on était chez nous.

Et à l’inverse, est-ce que chez soi, on peut ne pas se sentir chez soi ?

Diane : On peut ne pas se sentir chez soi chez nous car on n’aime pas notre maison. On en préfère une autre, on a vraiment envie de changer. On se sent chez soi quand on aime l’endroit où on habite.

Paula : Souvent, quand on déménage mais que nous on n’avait pas envie. On déménage dans un endroit, où on ne va peut-être pas se sentir chez soi. Si on reste longtemps, normalement on va se sentir chez soi. Si on vient juste de déménager, on peut ne pas se sentir chez soi.

Le temps peut nous donner le sentiment d’être chez soi ?

Colin : Moi je pense que ce n’est pas forcément le temps. Je suis en train de déménager, je me sens ici, je me sens chez moi car on a un jardin, on a beaucoup de choses, on s’amuse.

Yassine : Moi je suis un peu d’accord avec Paula. Le temps joue mais il faut juste qu’on s’adapte à un endroit. C’est l’adaptation, le fait d’avoir l‘habitude d’y être qui donne le sentiment d’être chez soi.

Diane : Je ne suis pas d’accord avec Paula car j’ai une copine qui a eu envie de déménager car elle n’aimait pas sa maison.

Paula : Quand je disais ça, je disais ça quand on adore sa maison et qu’on n’avait pas envie de la quitter. On peut avoir envie de déménager bien sûr.

Solel : Je suis entièrement d’accord. On peut quitter et on s’habitue avec un peu de temps, beaucoup de temps, directement…ça dépend ! On a toutes nos habitudes dans la maison.

Paula : Quand on n’a pas envie de déménager parce qu’on a beaucoup d’amis et qu’on n’a pas envie de les quitter. Si on habite en ville et qu’on déménage à la campagne, pour voir nos amis, ce sera plus compliqué.

On a donc pu constater qu’il y a une grande différence entre la réalité (« être chez soi ») et le sentiment (« se sentir chez soi »). Il y a d’autres moments de la vie où on peut rencontrer cette différence. Par exemple, « être » libre et « se sentir » libre. Les enfants, est-ce que vous avez d’autres exemples ?

Diane : « être » propre et « se sentir » propre.

Clarisse : « être » à l’école et « ne pas se sentir » à l’école. Par exemple, pendant le confinement, quand c’est l’école à la maison, on ne se sent pas vraiment à l’école !

Judith : « être » rigolo et « se sentir » rigolo.

Paula : « être » sympathique et se « sentir » sympathique.

Yassine : « être » malade et se sentir malade.

Clarisse : « être » avec un ami et « se sentir » avec un ami.

Parfois dans la vie, il faut quitter notre chez soi. Vous avez d’ailleurs parlé du déménagement. Avez-vous d’autres exemples de moments où il faut quitter notre chez soi ?

Clarisse : Si notre maison est en feu, il faut quitter notre chez soi.

Paula : Quand on doit partir en vacances.

Diane : Aller à une soirée pyjama avec ses meilleures copines.

Colin : Pour les vacances, on revient, comme les soirées pyjamas !

Bonnie : Pour fuir la guerre.

Colin : ça s’appelle la migration

Clarisse : S’il y a une inondation et il qu’il faut qu’on parte.

Yassine : Quand on est expulsé de chez nous.

Diane : Quand on est dans une tombe parce qu’on est mort.

Vous avez parlé de la migration en tant de guerre. On quitte non seulement sa maison mais aussi son pays. Une personne qui arrive dans un nouveau pays, va-t-elle se sentir chez elle ?

Colin : Elle ne va pas ses sentir chez elle au début car elle ne connait forcément pas le pays car elle vient d’arriver. Elle ne sait pas ce qu’on peut faire et ce qu’on ne peut pas y faire.

Yassine : Je suis d’accord avec Colin. C’est surtout le fait de connaître, de comprendre aussi le lieu qui va permettre de se sentir chez soi.

Diane : On ne peut pas se sentir chez soi. Si on va dans un autre pays, on ne peut pas parler la même langue. On est toujours gêné parce qu’on ne connait pas la langue. On ne peut pas se sentir chez soi quand on ne connaît rien, quand on ne sait sur ce pays.

Clarisse : Pour se sentir au maximum chez soi, il faut ramener quelques affaires comme des doudous. On décore comme c’était chez nous et on essaye d’aller chez des amis qu’on connait.

Une expérience de pensée a ensuite été proposée aux p’tits philosophes :

Imaginez demain qu’on doit quitter notre planète terre et partir sur une autre planète car la nôtre a été totalement détruite par la pollution, l’industrie, les caprices et l’orgueil des humains. La planète où on doit aller ressemble à la planète Terre, on peut y vivre tranquillement. Tous les humains vont partir ensemble sur cette nouvelle planète, ils vont migrer. Tous les gouvernements, tous les états du monde ont décidé que chaque humain sur cette nouvelle planète aurait une grande boîte de 30 m² dans laquelle il pourrait vivre. Chacun aura donc un nouveau chez soi.

A partir de cette expérience de pensée, les p’tits philosophes ont écrit sur des morceaux de papier qu’ils ont glissé dans leur boîte, ce qu’ils pourraient bien amener pour qu’ils puissent se sentir chez eux dans ce nouveau lieu.

A la suite de cela, ils devaient classer du plus important au moins important les éléments de leur liste pour se sentir chez soi.

Que remarquez-vous dans votre hiérarchie ?

Bonnie : On a un peu tous mis notre famille !

Et, qu’est-ce que ça veut dire ?

Paula remarque que tout ce qu’on a mis, c’est ce qu’on aime le plus et ce qu’on n’aimerait pas quitter.

Pour se sentir vraiment chez soi, il faudrait donc être avec ce qu’on aime le plus… belle idée ! Bravo les p’tits philosophes pour cette superbe discussion ! On se retrouve le samedi 15 mai pour un nouvel atelier autour de la question : « Sommes-nous tous des monstres ? »